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Fiches conseil


Allergènes animaux

• La modification des rapports entre l’homme et les animaux, notamment l’augmentation du nombre et de la variété des animaux gardés à domicile, fait que l’exposition et donc la sensibilisation aux allergènes animaux, parallèlement à la fréquence des maladies allergiques, a considérablement augmenté au cours de ces 20 dernières années dans les pays industriels, surtout en milieu urbain.

• Les phanères, squames et sécrétions d’un grand nombre d’animaux portent ou contiennent de puissants allergènes capables d’induire des réactions sévères d’hypersensibilité. Une étude (Guinnepain, 1996), s’est donné comme but d’apprécier la fréquence de l’allergie et de la sensibilisation (par interrogatoire et tests cutanés) à différentes espèces animales chez 107 sujets présentant une allergie au contact d’animaux ; les animaux incriminés étaient :
=> le chat (88 fois),
=> le chien (51 fois),
=> le cheval (31 fois),
=> le lapin (12 fois), le rat (4 fois), les hamsters, souris et oiseaux (3 fois), le cobaye (2 fois) et le ragondin (1 fois).

Cette étude confirme la prédominance, dans les pays occidentaux, de l’allergie au chat en pathologie allergique respiratoire due aux animaux domestiques.

1. Epidémiologie de la sensibilisation aux allergènes animaux

=> La fréquence de la sensibilisation aux allergènes animaux est difficile à apprécier compte tenu de la variation des espèces animales, de leur nombre et de leur vertu sociale ou économique selon les régions ou les pays : - En France, Charpin (1989) relevait dans la population générale une prévalence de sensibilisation aux animaux domestiques de 2,5% ; 47,7% de ces sujets possédaient un animal (chien : 50,2% ; chat : 23,6% ; chien et chat : 17,7% ; 8,5% : autre animal) ; 5,2% de ces sujets avaient des symptômes respiratoires imputables à ces animaux.

- Aux Etats Unis, une étude publiée en 1986 montrait que la prévalence de l’allergie aux animaux variait de 11 à 32% ;
- En Suède, Kjellman (1983) a trouvé une prévalence de 5,3 % chez 40 010 écoliers ; 52% de ces écoliers étaient en contact avec des animaux, en majorité des chats (24%) et des chiens (31%) ;
- En Allemagne, Rudolph (1983) en étudiant un groupe de 9003 consultants a trouvé que 87,2% d’entre eux étaient en contact avec un animal (chat : 32% ; chien : 19%). => Ces études montrent donc que 47,7 à 87,2% des foyers possèdent un animal et que 5,2 à 32% des sujets sensibilisés à un animal développent des manifestations allergiques en relation avec l’exposition à ces allergènes.

=> Les études basées sur l’incidence des tests cutanés positifs aux animaux dans la population générale ou dans des groupes particuliers de sujets allergiques confirment la prédominance des sensibilisations aux chats (2-30%) par rapport aux chiens (3-14%).
=> En population d’asthmatiques, la fréquence de ces sensibilisations est supérieure : 14 à 68% aux chats et 35 à 40% aux chiens.
=> Les monosensibilisations sont possibles (15-19%).
=> Quelques études montrent qu’au sein d’une même espèce, certaines races sont plus sensibilisantes que d’autres : - il en est ainsi chez les chats (sensibilisation accrue pour les chats à poils longs : Chartreux, Siamois, Persans…),
- ou chez les chiens (sensibilisation accrue pour les Boxer, Schnauzer, Labrador, Doberman, Fox terrier…).

2. Nomenclature des allergènes animaux selon l’UIS (mise à jour 2009)

Animaux
Nomenclature des allergènes
Poids moléculaire (kDa)
Homologies/Fonctions
Bœuf (Bos domesticus)
Bos d 2
20
lipocalin
Bos d 3
11
S100 calcium-binding protein A7
Bos d 4
14,2
alpha-lactalbumine
Bos d 5
18,3
bêta-lactoglobuline
Bos d 6
67
sérum albumine
Bos d 7
160
immunoglobuline
Bos d 8
20-30
caséine
Bos d 9
 
alphaS1-caséine
Bos d 10
 
alphaS2-caséine
Bos d 11
 
bêta-caséine
Bos d 12
 
kappa-caséine
Chat (Felis domesticus)
Fel d 1
14 et 4
utéroblobine
Fel d 2
69
sérum albumine
Fel d 3
11
cystatine
Fel d 4
22
lipocaline
Fel d 5w
400
immunoglobuline A
Fel d 6w
800-1000
immunoglobuline M
Fel d 7
17,5
von Ebner gland protéine
Fel d 8
24
latherin-like protéine
Cheval (Equus caballus)
Equ c 1
 
lipocaline
Equ c 2
43
lipocaline
Equ c 3
43
sérum albumine
Equ c 4
34
latherine
Chien (Canis familiaris ou domesticus)
Can f 1
23-25
lipocaline
Can f 2
19 (27)
lipocaline
Can f 3
69
sérum albumine
Can f 4
18
lipocaline
Can f 5
28
arginine estérase
Can f 6
27 et 29
lipocaline
Cobaye (Cavia porcellus)
Cav c 1
 17
lipocaline
Cav c 2
 
lipocaline
Cav c 3
 
lipocaline
Cav c 4
 
sérum albumine
Cav c 6
 
lipocaline
Lapin (Oryctolagus cuniculus)
Ory c 1
17-18
lipocaline
Ory c 3
19-21/12-14
lipophiline
Rat (Rattus norvegicus)
Rat n 1
17
alpha-2u globuline/ lipocaline
Souris (Mus musculus ou muscularis)
Mus m 1
16
lipocaline/pré-albumine urinaire
* famille de protéines porteuses de phéromones


3. Clinique

=> Les manifestations cliniques de l’allergie aux animaux se traduisent par de l’asthme, une rhinite ou rhino-conjonctivite, de la toux spasmodique équivalent d’un asthme, de l’urticaire et de l’oedème de Quincke. Ces symptômes et leur chronologie d’apparition vont varier selon l’espèce animale en cause :

- pour le chat : rhinite et conjonctivite apparaissent d’abord, suivis ultérieurement des signes respiratoires puis cutanés ;
- pour le chien : la rhinite apparaît dans un 1er temps, puis après un temps de latence, ce sont les signes oculaires et bronchiques qui surviennent ; les signes cutanés sont peu fréquents ;
- pour le cheval : les signes oculaires sont au 1er plan, devançant la rhinite ; les signes respiratoires surviennent ultérieurement et les signes cutanés sont rares. => Le diagnostic est apporté par : - l’interrogatoire, qui est parfois difficile si l’animal n’est pas présent au domicile, les allergènes pouvant être véhiculés par les vêtements ou persister pendant de longs mois dans les moquettes, mobiliers tapissiers…, l’exposition se produit alors en milieu scolaire, professionnel…
- les tests cutanés doivent être confrontés aux données de l’interrogatoire ;
- la recherche d’IgE spécifiques ;
- parfois par un test de provocation spécifique, nasal ou bronchique, ou des tests réalistes d’exposition à l’animal.

=> Les moyens thérapeutiques à appliquer en 1ère intention sont les mesures de prévention ; elles consistent d’abord, quand cela est possible, en l’éviction de l’animal responsable de l’entourage du sujet, puis en une hygiène domestique rigoureuse par l’utilisation, notamment, d’aspirateurs munis de filtres HEPA (Haute Efficacité pour les Particules Aériennes).
=> Certaines études ont montré que la désensibilisation spécifique au chat ou au chien, proposée quand l’éviction était impossible et en cas d’exposition professionnelle, apportait une amélioration clinique des symptômes.

4. Particularités selon les espèces et réactions croisées

=> Le chat : l’allergie au chat est, dans les pays occidentaux, celle qui est le plus fréquemment responsable des manifestations allergiques respiratoires après les acariens. Son importance allergologique mérite qu’elle soit traitée à part.

=> Le chien : c’est l’espèce animale domestique qui est la plus représentée numériquement (> à 9 millions en France ; plus de 50% des foyers américains contiennent des allergènes canins…). Le principal réservoir d’allergènes est le pelage ; ils sont également retrouvés dans la salive, la peau et l’urine. La sensibilisation se fait par contact direct ou indirect ; le seuil de sensibilisation à Can f 1 est fixé à 10µg/g de poussière de maison. Les sujets sensibilisés au chien peuvent être également sensibilisés à d’autres canidés (loup, chacal), de même, il existe des réactions croisées entre chat et chien…

=> Le cheval : après une diminution au cours de ces 20 dernières années, l’allergie au cheval semble devenir plus fréquente. La sensibilisation se fait par contact direct ou indirect, les allergènes étant très volatils. Les allergènes sont retrouvés dans le crin, la sueur et l’urine. Des sensibilisations croisées seraient parfois retrouvées avec d’autres équidés (poney, mulet, âne, zèbre) et le chat, le chien et le cobaye. Ces allergies croisées reposent, entre autre, sur un allergène commun : l’albumine.

=> Le bœuf : si l’allergie aux bovins a diminué du fait de l’automatisation des étables et de la traite, elle reste encore fréquente en milieu rural dans les régions d’élevage. Les allergènes sont retrouvés surtout dans les squames et le pelage mais aussi dans l’urine, la salive, les larmes, le liquide amniotique, le lactosérum et la viande. Des réactions croisées avec des allergènes de mouton et de chèvre ont été décrites ; dans l’allergie au lait de vache, la consommation de viande bovine est habituellement bien tolérée (lorsque l’allergène est la sérum-albumine, contenue dans la viande et le lait de vache, le caractère thermolabile de cette protéine permet la consommation de viande bien cuite).

=> Le lapin : 7% des sensibilisations aux poils d’animaux seraient imputables au lapin (animal d’élevage en milieu rural ; animal de compagnie en milieu urbain ; animal de laboratoire). Les allergènes sont retrouvés dans le pelage et la salive (ils ne seraient pas présents dans l’urine ou le sérum). Des réactions croisées avec d’autres rongeurs ont été décrites.

=> Les autres rongeurs : cobaye, hamster, rat, souris, gerboise, peuvent déterminer des sensibilisations professionnelles chez le personnel de laboratoire (11 à 15% des sujets exposés). Les allergènes sont contenus dans le pelage, l’urine et la salive. Le nettoyage des cages met en suspension d’importantes quantités d’allergènes. Des allergies croisées entre ces différents rongeurs et le lapin ont été mises en évidence.

=> Le porc : il peut être à l’origine d’asthme professionnel en milieu d’élevage industriel (compte non tenu des manifestations respiratoires dues aux irritants respiratoires des porcheries : méthane, ammoniaque, hydrogène sulfuré, CO2, poussières contenant des micro-organismes…). Les allergènes semblent être présents dans l’urine et les poils. L’albumine serait l’allergène croisant du syndrome porc/chat (Sabbah, 1994).

=> Les plumes : considérées autrefois comme un pneumallergène majeur, les plumes semblent avoir en fait un pouvoir allergénique mineur. Les plumes contenues dans les oreillers, édredons et couettes sont un des nombreux supports favorables au développement des acariens. Les éleveurs et les détenteurs d’oiseaux d’appartement (canaris, perruches, perroquet, bengali…) peuvent présenter une sensibilisation à leurs plumes (présente parfois chez 20% des éleveurs exposés) mais les revues de la littérature montrent que les allergies sont peu fréquentes. Par contre, les plumes sont responsables de certaines alvéolites allergiques (maladies non IgE médiées). Des sensibilisations croisées entre les pneumallergènes aviaires et les allergènes du jaune d’œuf, impliquent l’α-livétine. Cette dernière est proche de la sérumalbumine de poulet et de la conalbumine (ou ovotransferrine) du blanc d’œuf ; elle détermine ainsi le syndrome œuf/oiseaux.

=> D’autres animaux sont plus rarement impliqués dans des manifestations allergiques comme le mouton, la chèvre, le chevreuil et les cervidés, le raton-laveur, le singe, les chameau et dromadaire…