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Asthme et pneumopathies allergiques


 

Epidémiologie interventionnelle de l’asthme et des allergies respiratoires

• Les données d’épidémiologie descriptive et analytique permettent d’envisager des mesures préventives.

• L’épidémiologie interventionnelle évalue les actions entreprises avec un cahier des charges méthodologique et des objectifs précis. Les mesures préventives doivent ainsi être efficaces pour les individus et fiables et acceptables financièrement pour la collectivité. Elles s'adressent aux sujets non malades en neutralisant l'exposition aux facteurs de risque (prévention primaire) ou aux sujets malades de façon à ne pas aggraver leur maladie (préventions secondaire et tertiaire) grâce à un dépistage précoce et un suivi adapté.

• L’évaluation du succès d’un programme de prévention se mesure en critères de faisabilité, de succès de la mise en œuvre, d'incidence de la maladie, donc le nombre de nouveaux cas (prévention primaire), d’indices de morbi-mortalité et de coûts/efficacité. Il doit donc être évalué scientifiquement. La comparaison de groupes constitués par tirage au sort (essais d’intervention randomisés) représente la meilleure solution méthodologique pour mesurer l’efficacité de telles actions, mais n’est pas toujours éthiquement possible. Dans ce dernier cas, il faut avoir recours aux études d’observation et notamment aux registres et cohortes de malades. Lorsque l’efficacité des mesures proposées a été démontrée, il est nécessaire d’évaluer la faisabilité réelle de ces actions à l'échelon d'une plus grande population. Les résultats obtenus par le programme de recherche doivent être éprouvés et s’adapter à l’existant, beaucoup moins contrôlable en routine qu’en recherche. Des programmes pilotes vérifient donc que le bilan coût/efficacité obtenu en routine est de même ordre que celui observé dans les recherches préalables.

• A défaut d’avoir trouvé la/les cause(s) de l’asthme, les études épidémiologiques permettent de proposer actuellement quelques conseils efficaces (Demoly 2014) :
=> Dans les familles où il existe des antécédents d’asthme et d’allergies, on doit essayer de prévenir l’asthme chez les jeunes enfants par des mesures simples : ne pas fumer pendant la grossesse, ni en présence de nouveau-nés et jeunes enfants, préférer l’allaitement maternel pendant les 3 premiers mois et favoriser une diversification précoce dès l’âge de 4 mois, même si l’efficacité de toutes ces mesures n’est pas encore totalement démontrée.
=> Favoriser le diagnostic précoce des allergies et de l’asthme. Un diagnostic retardé, surtout lié à la méconnaissance des équivalents asthmatiques ou à la mauvaise interprétation des examens biologiques de l’allergie, empêche la mise en place d’une prévention précoce. La rhinite allergique est un facteur de risque d'apparition d'un asthme plus tard dans la vie et de non contrôle de cet asthme s'il est déjà présent ; sa présence doit faire rechercher un asthme associé et vice-versa.
=> Eviction des allergènes respiratoires, traitement pharmacologique, immunothérapie allergénique :

- Eliminer les allergènes de l'environnement intérieur (acariens, animaux, moisissures...), inefficace en prévention primaire, l'est en prévention secondaire lorsque l'éviction est précoce, complète (c'est-à-dire non limitée à un seul allergène, un seul irritant) et prolongée.
- Des régimes alimentaires riches en allergènes dès la petite enfance, avec pour objectif de forcer la tolérance immunologique sont efficaces pour l'arachide (DuToit 2016).
- Les études d'utilisation des pré/pro/symbiotiques ne montrent aucune prévention de l'asthme, tout au plus un décalage dans le temps de l'eczéma.
- Les études de prévention de l'asthme chez le rhinitique par l’immunothérapie allergénique sont de mauvaise qualité méthodologque et des études de meilleure qualité doivent être mises en place, notamment avec les nouvelles formes galéniques.

• Mettre en place des campagnes de dépistage et de prévention. Le plus bel exemple est l’exemple de la Finlande. Après 10 ans d'un travail intensif de formation des professionnels de santé, d'information de la population, d'implémentation des guides de traitement, le poids de l'asthme pour la société finlandaise a considérablement baissé et les sommes investies initialement ont été remboursées. Cependant, l'incidence de l'asthme n'a pas baissé, ce qui veut dire que les causes de la maladie n'ont pas été touchées. Ce même pays, alors que d'autres l'ont copié depuis, a mis en place un programme national de prévention des allergies, pensant ainsi s'attaquer à une des principales causes de l'asthme.